Comprendre l'impact touristique : voyager fait-il vraiment du mal ?
🔻Sommaire :
Voyager, un acte qui a toujours un impact
Tourisme de masse : ce que ça coûte pour tous·tes
Le slow travel aussi laisse des traces
Ce que le voyage nous apporte en retour
Voyager, un privilège qu'il faut regarder en face
Alors, on fait quoi avec tout ça ?
Des pas sur le sable, réserve ornithologique, Vilar- Galice - Espagne
Avez-vous déjà ressenti ce petit malaise en lisant un article sur le surtourisme, juste après avoir réservé vos billets d'avion ? Cette gêne diffuse quand on voit des locaux manifester contre les touristes... en sachant qu'on en est un, ou une, quelques semaines plus tard ?
J’ai moi même vécu plus d’une année aux Canaries, d’îles en îles, un lieu qui aujourd’hui explose sous les revendications locales. Et combien de fois je me suis sentie mal à l’aise en traversant un village intégralement allemand à Fuerteventura et La Gomera, ou dans un village- vacances où les “pubs britanniques” peuplaient les rues, ou encore en entendant davantage parler français qu’espagnol à Tenerife…
On le sait aujourd’hui, voyager a un impact. Toujours. Même en train, même seulement pour un weekend, même chez Evad'Yu. La vraie question n'est pas "comment voyager à impact zéro", je ne pense pas que ça puisse exister, mais plutôt : quel est cet impact, dans le détail et qu'est-ce qu'on en fait ? C'est ce que j'ai voulu démêler ici, sans filtre ni culpabilisation. Parce que spoiler, un impact n’est pas toujours négatif !
Voyager, un acte qui a toujours un impact
Voyager, ce n'est jamais un geste neutre. On se déplace, donc on consomme de l'énergie. On dort quelque part, donc on occupe un lieu qui aurait pu servir à autre chose. On rencontre des gens, donc on influence, même un peu, leur quotidien et leur économie. Quelque part, il y a une trace de notre passage. En partie comme dans notre vie quotidienne d’ailleurs. A la différence qu’en tant que voyageur·se on laisse une empreinte dans un lieu où vivent d’autres personnes.
Ce constat n'est pas une accusation, c'est juste un point de départ. Le voyage n'est ni "bon" ni "mauvais" en soi : il a des effets, positifs et négatifs qui dépendent énormément de la façon dont on voyage, où, et pourquoi.
Sud de Tenerife, un village pour les touristes.
Tourisme de masse : ce que ça coûte vraiment
Le logement, premier point de friction
Depuis 2025, les manifestations contre le surtourisme se sont multipliées dans toute l'Europe du Sud : Barcelone, Majorque, Venise, Gênes, et bien sûr les Canaries, où le mouvement "Canarias tiene un límite" rassemble régulièrement des milliers de personnes. Le message est partout le même : les locations courte durée font exploser les loyers et chassent les habitant·e·s de leurs propres quartiers. Aux Canaries, on compte aujourd'hui plus de 15 millions de touristes par an pour 2,2 millions d'habitant·e·s. Rien d'étonnant à ce que la tension monte.
Ce n'est pas qu'une question espagnole ou italienne, car à plus petite échelle, sur le littoral Breton où je vis le constat est le même, difficile de se loger à l’année lorsqu’il est plus rentable pour les propriétaires de louer leurs bien quelques semaines par an à des prix défiant toute concurrence.
C'est donc là le symptôme d'un modèle où l'économie touristique prend le pas sur le droit des habitant·e·s à vivre chez eux.
Les ressources locales, sous pression
On y pense rarement, mais un·e touriste consomme nettement plus d'eau qu'un·e habitant·e du même endroit : piscines, arrosage des espaces verts, blanchisserie des hôtels... Dans des régions déjà en stress hydrique, l'arrivée massive de visiteur·euse·s en haute saison aggrave directement la pénurie pour les populations locales.
Par exemple à Porto Santo (archipel de Madère), quelle ne fut pas ma surprise en montant en haut du sommet de l’île, d’apercevoir une “tâche vert” au milieu de cet endroit désertique : la cause de cette “tâche verte” ? Un golf pour les touristes ! Idem au sud de Fuerteventura aux Canaries.
Au Cap-Vert, sur l’île de Sal, un constat encore plus grave m’a frappé quand, en discutant avec une professeure des écoles, j’ai appris que parfois l’eau du robinet était coupée à l’école (et au reste du village) lorsque les touristes, concentrés sur le village de Santa Maria, utilisaient trop d’eau en même temps…
La folklorisation, l'impact qu'on ne voit pas
C'est sans doute l'impact le plus insidieux du tourisme de masse : la folklorisation. Concrètement, ça consiste à transformer un élément culturel vivant (une fête, un artisanat, une tradition, un peuple autochtone) en version simplifiée et "carte postale", pensée pour plaire aux visiteur·euse·s plutôt que pour être comprise ou respectée. La culture devient un décor. Elle perd son sens pour gagner en "instagrammabilité" et rentabilité.
C’est souvent le cas avec l’utilisation d’animaux qui font de plus en plus scandale. Notamment en Asie où les “sanctuaires” d’éléphants sont pointés du doigt, à New-York où les promenades en calèches sous la canicule ont causées la mort de plusieurs chevaux, ou encore à Gran Canaria où les touristes se promènent au milieu des dunes à dos de chameaux.
Ce qui était à l’origine utilisé avec parcimonie, à petite échelle, et pour des raison de travail (nous ne parlerons pas ici de l’éthique animal qui est un autre sujet), deviennent une industrie juteuse.
Le transport, le gros morceau carbone
Selon les études*, le tourisme prend part à hauteur de presque 9 % du réchauffement climatique d'origine humaine en 2019. Le transport concentre la majorité (40 à 50%) de cette empreinte dont l'avion en est le principal responsable en représentant, loin devant la voiture et très loin devant le train. Les estimations varient selon les méthodologies, mais toutes pointent dans la même direction : se déplacer loin et vite a un coût climatique réel, qu'aucune compensation carbone ne fait disparaître par magie.
💡 C'est exactement pour ça que je recommande si souvent des destinations accessibles en train ou en ferry depuis la France : le Nord de l'Espagne, le Portugal, la Bretagne... Pas par dogme, mais parce que les chiffres sont sans appel sur ce point précis.
Le slow travel, aussi responsable
Piscine d’eau douce sur une colline, Pobra do Caraminal - Espagne
On a beau être l’écologiste le plus parfait, à partir du moment où l’on vit sur Terre, on a un impact, d’autant plus si l’on voyage. Alors non, le slow travel n'efface pas tout. On peut très bien voyager "slow" et avoir malgré tout une empreinte carbone élevée. On peut aussi, sans s'en rendre compte, faire vivre une "authenticité" qui devient elle-même un produit marketing une fois trop relayée sur les réseaux. Le slow travel cherche à avoir un impact plus positif sur l’économie locale, le rythme du voyage (et donc l’empreinte carbone), le respect des lieux… mais il n'est pas un totem d'immunité écologique. J'en parle plus en détail dans mon article sur le slow travel et ses vraies limites, si vous voulez creuser ce point précis.
L'idée n'est donc pas de culpabiliser qui que ce soit, ni de hiérarchiser les voyageur·euses "vertueux·ses" et les autres. C'est juste de prendre en compte les conséquences de nos actions, pour ajuster nos manières de voyager et tendre vers quelque chose de plus raisonnable et conscient.
Ce que le voyage nous apporte de positif (et pourquoi c’est important malgré tout de voyager!)
Maintenant, parlons de l'autre côté de la balance, parce qu'on l'oublie trop souvent dans ce débat.
Voyager nous met face à d'autres façons de penser, de vivre, de s'organiser collectivement. Cette exposition à la différence culturelle a un effet documenté sur la souplesse cognitive et la tolérance : on apprend littéralement à envisager qu'il existe plusieurs "façons normales" de vivre. J’ose espérer que les vacanciers prennent le temps de comprendre vraiment un nouveau mode de vie lorsqu’ils partent. Et qu’ils en reviennent avec une meilleure acceptation de la différence, de “l’étranger”.
Voyager, c'est aussi ralentir physiquement et mentalement. Sortir de son environnement habituel, se couper (au moins en partie) des écrans et des sollicitations du quotidien, ce qui a un effet mesurable sur le niveau de stress. Ce n'est pas qu'une impression de bien-être passager : changer de cadre, surtout en pleine nature, nous aide littéralement à réinitialiser nos cerveaux.
Et puis il y a les rencontres. Celles qui nous obligent à sortir de nos automatismes de communication, à faire preuve d'empathie sans toujours avoir les mots, à comprendre une réalité depuis un point de vue qui n'est pas le nôtre. C'est exactement ce que je recherche quand je construis un voyage pour mes client·e·s : pas une liste de monuments, mais des occasions de vraies rencontres.
Je n’oublierais jamais ce pêcheur à El Hierro, lorsque je l’ai vu la première fois, il semblait juste être un homme désœuvré sous la chaleur, une bière à la main. Puis, à force de nous croiser, nous avons discuté. Nous avons sympathisé. Il m’a appris à reconnaitre de nombreux animaux marins, raconté son métier, très différent de celui des pêcheurs industriels … Lui partait sur ce que j’appelle une mini barque, seul avec son chien, une canne à pêche et un “harpon” (simple bout de bois avec une flèche relié à une ficelle). Toute la journée, au large d’une baie, il pêchait ainsi. Sa vie était faite de solitude, de patience, d’océan à perte de vue et de soleil qui lui grille la peau. Les jours de fort vent, il attendait humblement de meilleures conditions, sa bière à la main.
L'émerveillement, le lâcher-prise, l'apprentissage : ce ne sont pas des éléments accessoires du voyage, ce sont souvent ses bénéfices les plus durables, ceux qu'on garde longtemps après le retour et qui nous aident à construire nos propres sociétés, plus durables, plus justes.
Voyager, un privilège qu'il faut regarder en face
Il y a un dernier point que je trouve essentiel, et qu'on aborde trop peu : voyager est un privilège. Pas une généralité vague, un fait très concret.
Selon le Henley Passport Index, l'écart entre le passeport le plus "puissant" du monde et le moins "puissant" représente près de 170 destinations accessibles sans visa. Naître dans un pays plutôt qu'un autre détermine une grande partie de notre liberté réelle de circuler sur cette planète, avant même de parler de budget. Par exemple, en 2026, en tant que citoyen·ne de France, votre passeport vous permet de vous rendre dans 186 destinations sans visas, nous avons le 4e passeport le plus “puissant”. A l’extrême opposé, les populations de la Syrie, l’Irak ou l’Afghanistan ne peuvent voyager sans visa que dans une 20aines d’autres pays. Allez jeter un œil à la carte interactive pour voir quels pays sont accessibles à quelles nationalités !
Et justement, parlons budget : selon plusieurs études, entre 80 et 90 % de la population mondiale n'a jamais pris l'avion de sa vie. En France même, une part significative de la population ne prend pas l'avion, principalement pour des raisons financières. Voyager, même "petit", même en train, même pour un week-end, reste hors de portée pour une grande partie de l'humanité, faute de moyens, de papiers, ou de droit tout simplement.
Je le dis sans aucune volonté de culpabiliser celles et ceux qui ont la chance de voyager (j'en fais partie, et vous aussi probablement si vous lisez cet article). Mais je crois que regarder cette réalité en face change quelque chose dans notre rapport au voyage : on le fait avec un peu plus de gratitude et un peu moins de désinvolture.
Alors, on fait quoi avec tout ça ?
Un impact négatif peut aussi devenir un levier positif, à condition que l'argent du tourisme aille au bon endroit. Certains pays ont mis en place une taxe de séjour qui finance l'entretien d'un sentier ou la protection d'une réserve naturelle, d’autres forment des guides locaux qui transmettent leur culture de manière sincère, des plateformes de réservation d’hébergement reversent une partie de ses revenus à des projets du territoire … Dans ces cas-là, la présence du touriste devient une vrai ressource pour le lieu, pas juste un coût à absorber. C'est aussi à nous, voyageur·euses, de chercher ces modèles-là plutôt que de se contenter du plus simple ou du moins cher.
Voici quelques pistes concrètes qui, mises ensemble, transforment vraiment la donne :
Voyager moins loin, et moins souvent : un week-end en Bretagne ou une semaine dans le Nord de l'Espagne a un impact carbone incomparablement plus faible qu'un aller-retour à l’autre bout du monde, sans (presque) rien sacrifier au dépaysement.
Éviter les pics de saison sur les destinations déjà saturées : voyager hors saison, ou choisir une destination voisine moins fréquentée, allège directement la pression sur les ressources et les habitant·e·s.
Faire vivre l'économie locale réelle : pas la version standardisée pensée pour les touristes : artisans, marchés, hébergements indépendants plutôt que grandes chaînes et souvenirs “made in china”.
Rester curieux·se sans exiger le spectacle : une tradition locale n'a pas vocation à être "performée" pour nous. On peut s'y intéresser sans demander qu'elle se transforme en attraction, elle s’exprime à travers les gestes quotidiens des habitants et s’observe avec discrétion.
Voyager avec gratitude plutôt qu'avec une liste de cases à cocher : en se souvenant que cette liberté de mouvement n'est pas universelle et en profitant de tous les petits moments de “vide” pour regarder la vie autour de nous.
Chercher des alternatives éthiques et responsables : en prenant un peu le temps de chercher, on trouve souvent des destinations, des activités ou des hébergements qui participent à préserver l’équilibre local.
Ce n'est pas une checklist parfaite ni exhaustive, mais une direction que je vous propose. Et c'est précisément le rôle que je me donne chez Evad'Yu : vous aider à construire un voyage qui tient compte de tout ça, sans renoncer au plaisir de partir et sans transformer vos vacances en exercice de culpabilité permanente.
Si cet article vous a donné envie d'aller plus loin sur la partie pratique, mon article sur le slow travel détaille comment appliquer concrètement ces principes, même sur un format court. Et si vous préférez qu'on en discute directement pour votre prochain voyage, je suis disponible pour un appel gratuit, avec plaisir et sans jugement sur vos contraintes de temps ou de budget.
Je suis Yuna, Travel Planner spécialisée dans les voyages écoresponsables. Mon cœur de métier ? Permettre aux personnes actives de partir en Europe pour un voyage doux, écoresponsable et au contact de la nature sans culpabilité, ni charge mentale.
Chaque voyage est pensé dans l’écoute, le dialogue et le respect de votre rythme.
Envie de voyager en respectant la planète ?
*Sources principales utilisées pour cet article : étude Nature Climate Change (2024) sur l'empreinte carbone mondiale du tourisme, rapport WTTC/Oxford Economics, Henley Passport Index, réseau SET (Southern Europe Network Against Touristification), Statistiques de développement durable gouv.fr, Organisation du tourisme durable .
Dernière mise à jour : 25/06/2026.
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