Voyage slow : définition, limites et comment l’appliquer concrètement en Europe.
📋 SOMMAIRE :
‣ C'est quoi le slow travel ?
‣ Les vraies limites du voyage slow
‣ Comment le pratiquer concrètement en Europe
‣ Slow travel et écoresponsabilité : quel lien ?
Point de vue sur La Graciosa, au Nord de l’île de Lanzarote, Espagne
Avez-vous déjà passé vos vacances à faire la queue pour voir un monument incontournable ? Patienté un temps infini pour avoir "votre photo" sur LE point de vue du coin ? Couru partout, encore plus qu'à la maison, alors que vous étiez censé·e·s vous reposer ? Et au final, être rentré·e·s plus fatigué·e·s qu'avant le départ, avec cette sensation d'avoir les mêmes photos qu'on voit partout sur Instagram ?
Et si le slow travel était une alternative à tout cela ? Utopie, simple tendance du moment ou solution réaliste ? À qui s'adresse le voyage slow, qu'est-ce que c'est exactement, comment le mettre en pratique : voilà ce dont je vais vous parler aujourd'hui, de manière honnête, du haut de ma petite expérience de voyageuse slow et de Travel Planner engagée.
Le slow travel, c'est quoi vraiment ?
Une définition simple
Concept récent, le slow travel n'apparaît pas dans le dictionnaire. Il n'a pas de cahier des charges strict, pas de durée minimale de séjour, pas de liste de règles à respecter… Le slow travel, c'est avant tout un état d'esprit : choisir la profondeur plutôt que la quantité, la connexion plutôt que la consommation.
Voici quelques éléments concrets qui le caractérisent :
Rester plus longtemps dans moins d'endroits différents
Privilégier les transports doux
Favoriser l'économie locale (hébergements, restaurants, artisans)
Laisser de la place à l'imprévu dans son programme
S'intéresser aux habitant·e·s, pas seulement aux monuments
"Faire" moins, mais mieux
Prendre le temps de savourer chaque instant
Il s'oppose globalement au tourisme de consommation qui coche des listes, va là où tout le monde va, recherche le folklore au détriment de la réalité. C'est justement un mouvement apparu pour lutter contre le tourisme de masse uniformisé.
Île de Tenerife, Espagne - Los Gigantes (au Sud), une ville conçue pour le tourisme / Garachico (au Nord), un village au charme authentique
Idées reçues sur le slow travel
Bien que "slow" signifie "lent", le voyage slow, ce n'est pas forcément partir 6 mois. Ce n'est pas non plus réservé aux baroudeur·euse·s en sac à dos, aux retraité·e·s ou aux étudiant·e·s en année sabbatique. Ce n'est pas forcément moins cher, ni 100 % écoresponsable.
Mais alors ? Oui, oui, le voyage slow est accessible à tout le monde, même avec une seule semaine de vacances. C'est finalement plus un état d'esprit qui peut s'appliquer à chacune de vos escapades, même en restant proche de chez vous !
Par exemple, lorsque je voyageais en voilier, je ne regardais jamais à l'avance ce qu'il y avait à découvrir là où nous ferions escale. Une fois sur place, nous demandions aux locaux et aux offices de tourisme où nous balader, nous baigner, nous imprégner de la vie locale, quels étaient les horaires du marché... Ainsi, à Madère, nous avons noué des liens avec quelques habitant·e·s, pris nos habitudes dans une petite pâtisserie locale, randonné plusieurs fois sur les mêmes sentiers... Mais jamais nous n'avons visité Porto Moniz et ses célèbres piscines naturelles bondées de monde.
Les bénéfices du voyage slow
Prendre le temps de voyager, c'est prendre le temps de se ressourcer tout en créant du lien autour de nous. C'est vivre plus profondément une destination. Essayer de comprendre la dynamique locale, les enjeux, la culture et la façon de voir le monde depuis un autre point de vue.
Le slow travel, c'est se reposer vraiment, lâcher les réseaux sociaux et les smartphones pour permettre à son cerveau de ralentir lui aussi. C'est quitter les injonctions touristiques du "faire" pour créer sa propre aventure. Voyager slow, c'est prendre soin de soi et des autres.
Repos - Plage de Ajuy, Île de Fuerteventura, Espagne
Les vraies limites du slow travel
La majorité des français·es disposent de 5 semaines de congés par an. Alors forcément, partir 3 semaines pour visiter un seul pays, ce n'est pas toujours possible.
Le budget peut également être un frein. Car profiter du voyage en tant que tel signifie souvent prendre le train plutôt que l'avion. Malheureusement, le celui-ci reste encore difficilement accessible pour une bonne partie de la population, contrairement aux vols low cost qui permettent de s'évader pour un budget minime.
À cela s'ajoute un biais cognitif qui nous pousse à vouloir toujours tirer parti de tout. Même en vacances, votre cerveau est en mode "je n'ai qu'une semaine, il faut que j'en profite, que je coche des cases, que je 'fasse'". C'est ce qu'on appelle la FOMO (Fear Of Missing Out, soit la peur de louper quelque chose). On en parle d'ailleurs avec Chloé dans son podcast Nomadness (épisode #6) . Elle est pourtant digital nomade et prend le temps de rester longtemps dans chaque endroit où elle se déplace. Et pourtant, il y a toujours une "liste de choses à voir" dans chaque lieu qu'elle visite.
Je pense sincèrement que c'est surtout la méconnaissance qui est notre plus grand frein à voyager slow. Quand on parle de voyage lent, la plupart des gens s'imaginent un rythme d'escargot, l'ennui, l'écoresponsabilité à tout prix et zéro activité fun. Pourtant, cette vision est bien loin de la réalité !
Finalement, prendre le temps de voyager ne demande pas obligatoirement des semaines entières. Un week-end de 4 jours bien pensé peut être plus "slow" qu'un mois effréné en sac à dos.
Petit village de Cudillero, loin des foules, perché au Nord de l’Espagne, Asturies
Concrètement, comment voyager slow en Europe ?
Choisir une destination et s'y tenir
Le premier réflexe slow : résister à la tentation d'en "faire" trop.
Mes conseils concrets :
Maximum 3 zones géographiques pour 10 jours
Choisir une région plutôt qu'un pays entier
S'autoriser des "bases" depuis lesquelles rayonner
Garder un fil conducteur tout au long du voyage
- Une ruelle, un mur fleuri, vie tranquille aux Canaries -
Un exemple ? Sur 10 jours de vacances, évitez le tour complet du Portugal : Porto + Lisbonne + l'Algarve, c'est trop. Même au sein d'un même pays, ces trois destinations présentent trop de différences (climat, culture, distance...). Choisissez plutôt de découvrir la région du Douro et ses environs, avec un fil conducteur : les vignes, les petits villages à flanc de vallée et Porto à l'embouchure du fleuve.
On y gagne en profondeur ce qu'on perd en quantité.
Revoir sa façon de se déplacer
Voyager lentement, c'est aussi accepter de ne pas traverser la planète en quelques heures.
Les transports doux sont privilégiés et les distances raccourcies. Celles et ceux qui ont moins de temps choisiront une destination plus proche ; celles et ceux qui en ont davantage profiteront du trajet comme d'un voyage en soi.
On utilise le train autant que possible. Une fois sur place, on peut louer un vélo pour explorer un village, marcher jusqu'à un point de vue, ou prendre un bus pour s'aventurer plus loin.
Il faut aussi accepter que certains endroits soient moins accessibles... C'est d'ailleurs souvent ce qui les rend si magiques.
💡 Pour allier vacances au soleil et petites distances, pourquoi ne pas partir au Nord de l'Espagne ? Pays Basque, Cantabrie, Asturies : un terrain de jeu idéal pour le slow travel en train régional et à vélo. Depuis le Sud de la France, c'est la porte à côté en train ; depuis le Nord, pourquoi ne pas tenter l'aventure du ferry ?
Côte Nord Espagnole, Les Asturies
Choisir ses hébergements différemment
Le slow travel prône l'immersion et l'authenticité. Les slow voyageur·euse·s privilégieront donc des hébergements locaux (gîtes, casas rurales, chambres d'hôtes) où le lien avec les habitant·e·s est possible et l'impact économique réel pour la communauté. À l'inverse, ils et elles éviteront les grandes chaînes hôtelières internationales. Et bien sûr, pour rendre le voyage plus reposant, mieux vaut rester plusieurs nuits au même endroit et rayonner autour pour découvrir ce que le lieu a à offrir.
Revoir son rapport au "programme"
Pour un voyage slow réussi, laissez 30 à 40 % de votre temps libre, non planifié, pour pouvoir suivre vos envies plutôt qu'un planning millimétré. Ainsi, une conversation avec un·e local·e remplacera peut-être la visite d'un monument... mais vous en apprendra davantage sur la région.
Acceptez aussi de ne pas tout photographier ou filmer. Parfois, poser son téléphone et simplement vivre le moment présent vous laissera un souvenir bien plus fort, ancré dans votre mémoire plutôt que dans celle, déjà saturée, de votre smartphone.
💡 Limitez-vous à 5 photos par jour et, le reste du temps, vivez le moment sans tout mettre en scène !
Manger et consommer local
Si votre logement dispose d'une cuisine, direction le marché local plutôt que le supermarché. En plus de vous approvisionner en produits locaux et de saison (souvent bien meilleurs en goût !), vous profiterez d'une immersion sonore, olfactive et visuelle. Dépaysement garanti !
Envie d'un dîner au restaurant ? Engagez-vous dans les ruelles et les petits quartiers plutôt que de rester sur la place centrale d'une grande ville ou sur le front de mer d'une station balnéaire. Ce sera l'occasion de découvrir les produits du terroir.
Et pour ceux qui tiennent absolument à ramener des souvenirs, limiter leur nombre peut vraiment vous aider à réduire cette charge mentale. On l’a tous fait, d’avoir une liste longue comme le bras pour ramener un petit quelque chose à chacun. Mais qui a vraiment envie de recevoir un énième magnet avec le nom d’une ville que l’on a jamais visité sur son frigo ! Alors choisissez -les avec soins auprès des artisans et petits commerce plutôt que de jeter votre dévolu sur un souvenirs made in China …
Le slow travel avec peu de temps : c'est possible !
N'oubliez pas : que vous partiez 4 ou 15 jours, voyager en conscience est avant tout un état d'esprit ! L'important est de vivre votre destination en profondeur plutôt que d'accumuler les visites. Un long week-end slow à une heure de chez vous sera toujours plus ressourçant et authentique que deux semaines en tout inclus à l'autre bout du monde sans jamais sortir de votre hôtel.
💡Pour aller plus loin et organiser vous-même vos prochaines vacances slow, découvrez le guide pratique réalisé par quatre passionnées du voyage slow et responsable ! Il est gratuit et plein d'astuces.
Slow travel et écoresponsabilité : quel lien ?
Le slow travel et le voyage écoresponsable sont souvent confondus. Ils partagent des valeurs communes, mais ne sont pas synonymes.
Ce qu'ils ont en commun :
Favoriser l'économie locale
Privilégier les transports moins polluants
Respecter les lieux et les habitant·e·s
Voyager avec conscience
Ce qui les différencie :
On peut voyager slow en avion (si la destination est lointaine)
On peut voyager écoresponsable à toute vitesse (en train, à vélo)
- Belle Île en Mer, Bretagne -
Pour moi, les deux approches se complètent et se renforcent mutuellement. Quand je crée un voyage pour mes client·e·s chez Evad'Yu, l'objectif est de trouver le meilleur équilibre possible entre les envies de voyage, le budget, le temps disponible et l'impact. Sans culpabilisation, avec pragmatisme. Parce que le voyage parfaitement écoresponsable n'existe pas. Mais le voyage conscient, lui, est à la portée de tou·te·s.
Pour résumer, le slow travel n'a pas de définition exacte : c'est une philosophie du voyage, accessible, imparfaite, humaine. Ce n'est pas une case à cocher mais une direction à choisir.
C'est ce que j'aime quand je crée un voyage slow : la liberté qu'il offre à chaque voyageur et voyageuse ! Si vous avez envie d'essayer le slow travel mais que vous ne savez pas par où commencer, prenez 5 minutes pour m'envoyer un petit message ! C'est exactement pour ça qu'Evad'Yu existe. Ensemble, on construit l'itinéraire qui vous ressemble vraiment.
➡️Et pour aller plus loin, découvrez qui je suis ou partez à la découverte de Gran Canaria de manière slow , responsable et authentique !
Sud de Fuerteventura, Espagne - Une petite plage de sable noir au coucher de soleil
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